james ensor

trayectoria | obra disponible | exposiciones | publicaciones

 

Précurseur de l´expressionnisme et du surréalisme, James Ensor est, sans aucun doute, un des artistes les plus innovants et avant-gardistes de son temps. A la fois naïf et cynique, caressant et caustique, il fut, tout au long de sa vie artistique, un infatigable spectateur de la société de son époque. Son œuvre, parsemée de traits drolatiques et de portraits originaux, est un travail quasi sociologique d´une société en pleine mutation où les masques ne sont qu´artifices, farces et déguisements du théâtre moderne. Miroir du monde, le travail d´Ensor agit comme un arrosoir acide qui transforme ou déforme ce(lui) qui lui fait face. « Du masque au fard, il n´y a pas loin » disait-il.

La théâtralité de la société ostendaise l´inspire et attise son appétit. Lieu de villégiature mondain et très en vogue, Ostende, ville natale de l´artiste, est pour lui un laboratoire aux ingrédients multiples : la mer, la lumière, le Christ, les apparats, la force politique des gens de la rue, les classes sociales, sa propre famille… Sous l´influence de l´imaginaire grotesque des maîtres flamands et de la recherche de la lumière des impressionnistes, Ensor, se mesurant au Christ, se pose en libérateur de l´art et voit là l´occasion d´entraîner ses « fidèles » dans son univers imaginaire.

Le baron Ensor a réalisé plus de 130 œuvres graphiques, une première série entre 1886 et 1889, une seconde entre 1895 et 1899. Le masque est son thème de prédilection, la mort, son invitée de marque, silhouette grotesque et ridicule. A plusieurs reprises, il se représentera lui-même en calavera comme dans Mon portrait squelettisé (1889). Le rêve et l´émotion sont des fils conducteurs de son œuvre, son rapport avec la foule un moyen d´exorciser les fantômes qui le hantent dans la vie quotidienne. Ensor est un solitaire, observateur d´une foule compacte et paniquée qui se précipite vers l´avant, comme dans La mort poursuivant le Troupeau des Humains (1896). Le Christ est un autre sujet fort chez Ensor, son alter ego, celui auquel il s´identifie et qui représente la cristallisation même de son désir fou de bénir les foules. Chez lui, le monde est un cortège de carnaval, un défilé politique, social et moral.

L´œuvre gravée d´Ensor est un déguisement grimaçant, un divertissement intriguant, aux mille visages, aux mille interprétations. Ensor au Mexique, c´est un portrait squelettisé retrouvant sa Catrina, s´en allant loin de la foule, sans oublier de se retourner, de temps en temps, pour observer et railler le carnaval révolutionnaire. Bienvenue dans l´imaginaire du grand peintre squelette dont les résonances mexicaines nous invitent aux plus belles rêveries.

 

Julien CUISSET Mexico, février 2008